Les fabuleuses aventures de Hary Janos

Opéra parlé d'après Zoltan Kodaly
Pour un acteur ivrogne et cinq instrumentistes

 

Hongrie, années1830.

Une petite taverne villageoise.

Le tenancier sert quelques habitués… des paysans, un misérable orchestre populaire, quelques ivrognes… Un petit vieux s’agite dans un coin. C’est Hary Janos : le voilà reparti à raconter ses souvenirs de soldat…

Petit à petit notre bonhomme s’emballe : son récit devient de plus en plus fabuleux…d’un simple coup d’épaule il a poussé toute une maison du territoire russe par dessus la frontière autrichienne, il a dompté un cheval infernal, maîtrisé de ses propres mains non seulement le dragon à sept têtes, mais encore Napoléon lui-même, et tourné la tête de la fille de l’empereur Franz !

Tous les habitués de la taverne s’exaltent pour un si fabuleux récit ! Les musiciens sortent spontanément leurs instruments pour offrir à cette soirée tout l’éclat qu’elle mérite ! Ah ! Quelle histoire ! Sacré Hary !

Enfin… tout ça c’est du passé…un dernier coup pour la route et puis il faudra rentrer chez soi…

On ferme la taverne.

Le teaser du spectacle :

 

Extrait musical : Intermezzo

Création 2011
Opéra parlé
pour la scène ou les cafés
musiques de Zoltan Kodaly
Tout public à partir de 6 ans
durée 1h

14 octobre 2017 à 18:30
Chassieu (69)

Médiathèque
Espace Pierre Poivre
62, rue Oreste Zénézini, 69 680 Chassieu
Tel : 04.72.02.15.18


 

André Fornier, mise en scène

Marc Feuillet, Háry János

Christine Comtet, flûte
François Salès, hautbois
Antoinette Lecampion, violon
Joël Schatzman, violoncelle
Sylvie Dauter, piano

Céline Pigeot, costumes

Téléchargements

dossier de présentation
photos HD

Quelques photos

Du théâtre au café

 

Comme l’action de Háry János se situe dans une taverne, lieu emblématique de la parole échangée, nous avons pris le pari de penser notre adaptation, notre mise en scène et notre transcription pour donner ce spectacle dans tout lieu susceptible d'accueillir le public dans cet esprit (cafés, salles aménagées en cabaret ou des salles plus classiques quitte à les investir en les adaptant). Le Piano Ambulant poursuit ainsi avec le metteur en scène André Fornier une réflexion de longue haleine sur les modes alternatifs de diffusion et de création culturels.

Les musiques traditionnelles hongroises et tziganes relevées par Zoltán Kodály, complice en cela de Belá Bártok, sont largement utilisées dans Háry János. Ce répertoire emblématique du sens de la fête en Europe de l’Est, rendu célèbre dès l’époque classique par Haydn puis Liszt, Brahms et bien d’autres, retrouve au milieu des tables et des chaises une place qu’il n’avait jamais vraiment quittée. 

L’originalité de la démarche consiste donc en cet aller-retour initié par Kodály qui avait érigé cette musique au rang de musique savante, la faisant entrer à l’Opéra pour y faire entrer en même temps le peuple hongrois. Aller-retour poursuivi par le Piano Ambulant qui propose aujourd’hui de revenir dans des lieux populaires pour renouer avec l’essence même d’un univers, d’une narration de joie et de tristesse, de vantardise et de modestie, de richesse et de pauvreté...

 

Le compositeur et l'oeuvre

 

Zoltan Kodaly naît en 1882 à Kecskemét, dans la Grande plaine hongroise. Son père, employé des chemins de fer et violoniste amateur, est muté dans différentes villes, dont Galanta, actuellement en Slovaquie. 

Il étudie la musique en autodidacte puis à l'Académie de musique de Budapest. Très tôt, dès 1905, il entreprend des collectes de musique populaire. L'année suivante, il convainc Béla Bartók de faire de même. Les deux hommes, qui resteront amis toute leur vie, parcourent alors les campagnes et relèvent les chants populaires sur des rouleaux de cire. 

Ses multiples activités de compositeur, d'enseignant, de musicologue, de vulgarisateur, de collecteur de musique populaire jointes à sa remarquable longévité - il est mort à l'âge de 85 ans - le font considérer par les Hongrois comme le compositeur le plus important de son pays. Il a traversé toutes les crises de son pays, en gardant son indépendance de pensée et d'action. Le régime communiste a pu penser coller une dimension « réaliste-socialiste » à la promotion de la musique populaire par Kodály, mais celui-ci, tenace, a surtout formé nombre de ses élèves aux bienfaits de la connaissance de cette musique, élèves qui ont essaimé dans les villes hongroises les principes de sa méthode pédagogique d'enseignement de la musique, dès le plus jeune âge. 

Kodály a créé une œuvre chorale très importante en nombre et en qualité (chants de la vie quotidienne, chansons enfantines, chants d'amour, chants d'inspiration religieuse, politique ou historique, chants sur des poèmes de grands poètes hongrois), mais également symphonique (Soir d’été, Danses de Galanta, suite de Háry Janos) et de musique de chambre (quatuors, sonate pour violoncelle seul).  

Toute sa vie a été marquée par ce grand dessein qu'il considérait comme un devoir de réaliser : une étude scientifique des mélodies populaires de la Hongrie; mais également par une passion pour la pédagogie qui l’a conduit à créer de nombreuses méthodes d’enseignement de la musique dont on parle encore aujourd'hui sous le terme de méthode Kodály, initiant les jeunes enfants au chant et à la tradition chorale. 

Tous ces éléments font de Zoltan Kodaly un compositeur non seulement majeur du XXème siècle, mais dont la musique est aujourd’hui tendrement aimée, tant en Hongrie que partout dans le monde. 

Le personnage d’Hary Janos est une figure mythique de l’imaginaire hongrois, leur « Tartarin de Tarascon », leur « Don Quichotte », création à la fois profonde et populaire. Ecoutons Zoltan Kodaly en parler :

« Ce qui m’a séduit dans le conte de Hary ? C’est le fait que le personnage universellement connu du soldat démobilisé distrayant son auditoire par le récit de prouesses inventées de toutes pièces est, dans sa version hongroise –dans cette pièce– plus riche et plus profond, et représente, pourrait-on dire, un miroir de la Hongrie. Tous les Hongrois ont –ou, au moins ils voudraient avoir– quelque chose de ce Hary, de sa bonne volonté, de sa serviabilité désintéressée et de sa loyauté, de son héroïsme et de son amour de l’homme. Tout Hongrois est un rêveur, qui fuit, depuis le début, depuis des siècles, une triste réalité en se réfugiant dans le monde des illusions. Cependant les mensonges de Hary sont plus qu’un rêve : ils sont aussi poésie. Si Hary n’a accompli aucun des hauts faits qu’il raconte, il recèle au fond de lui la possibilité de leur accomplissement. Hary est un poète primitif : tout ce qu’il a à dire est concentré dans un héros unique : lui-même. Le fait que nous le retrouvions dans la petite taverne villageoise sale du début après qu’il ait fait défilé devant nous ses glorieuses prouesses est un symbole tragique. Il semble heureux dans sa misère, car il est roi au pays de ses rêves. »

 

Mise en scène

 

Comme il le fit pour Pétrouchka Le Piano Ambulant envisage ici une transcription à hauts risques : réduire un flamboyant orchestre symphonique à cinq musiciens... Non pas dans une vaine quête d’exploit, mais dans l’idée de traduire cette utopie contenue dans l’argument de la pièce : comment faire naître des merveilles (ou tout au moins l’illusion de celles-ci) à partir d’un certain dénuement. Ou comment faire croire qu’on est cent quand on est cinq, et que la vie est merveilleuse quand elle est tout juste passable.

Pour donner à voir, à entendre et à comprendre ce récit avec la vie, l’intelligibilité et la simplicité qu’il requiert, nous n’avons guère hésité à faire à nouveau appel au metteur en scène André Fornier dont le travail nous avait séduit sur Pétrouchka tant il nous était apparu comme un enchanteur du quotidien. Car c’est bien de notre quotidien dont il sera ici question : tous nous avons en nous autant de rêves que Háry János. Mais nous n’avons pas comme lui le courage de les crier sur les toits... 

"Pour cette nouvelle collaboration avec le piano ambulant, nous travaillons ensemble non plus sur un ballet mais sur un opéra. Et quel opéra ! : le somptueux ouvrage de Zoltan Kodaly. « Háry János » est méconnu en France. Et c’est très injuste ! 
Un des points forts de cette création réside dans le fait de justement porter cet opéra à la connaissance du public via un spectacle accessible à tous. Le héros éponyme beau parleur et habitué des cabarets raconte sans doute plus qu’il n’agit. Le spectacle sera à son image ; chez nous Háry devient le metteur en scène de ses souvenirs (de ses mensonges ?) en faisant revivre grâce aux objets qui l’entoure ; aux personnages qu’il incarne ; et aux musiciens (nos 5 instrumentistes du Piano ambulant) ses tribulations ; nous sommes donc ici en présence des éléments basiques du spectacle lyrique. Un spectacle d’opéra alternatif qui joue non sur la réduction, mais sur l’adaptation ; musicale d’abord, et on sait avec quel talent le Piano ambulant peut avec sophistication et humour adapter les partitions, et bien sûr adaptation du livret riche de péripéties. L’environnement scénographique lui aussi comporte une grande originalité ; puisque c’est dans les cafés, les brasseries que se jouera le spectacle ; les spectateurs deviendront donc le temps de la représentation personnages dans la fiction ; clients de l’auberge, ils seront au coeur des aventures de Hary. On l’aura compris, grâce à ces « multiples » décalages, l’opéra de Kodaly pourra rencontrer tout aussi  bien un public de mélomane qu’un public pratiquant peu les salles d’opéra ou les salles de concerts, c’est bien là (entre autres) le but de la manœuvre. Pour l’occasion le comédien Marc Feuillet rejoint de nouveau l’équipe. Son talent enrichit la création et donne une vie exemplaire à Hary, poète idéaliste, pilier de bistrot ; bref un personnage imaginaire haut en couleurs, qu’il nous semble bien avoir déjà croisé..."

André Fornier, octobre 2010 

L’adaptation musicale conduira à imaginer une forme d’opéra sans chanteur. En effet l’œuvre de Zoltán Kodály est relativement proche du Singspiel allemand. Dans Háry János l’essentiel de l’action est rapportée par notre Héro sur le mode parlé. Le chant sert plus souvent à l’expression des sentiments dans cette forme, nous laissant une grande place pour la réalisation de versions purement instrumentales (comme le fit Kodály pour sa suite pour orchestre).