Une Année
QUELQUES MOTS
SUR LA SERIE PHOTOGRAPHIQUE « ARCANES »
UTILISEE SUR LE SPECTACLE « TIERKREIS»
Au fond les disciplines divinatoires s’occupent
de deux choses distinctes : d’une part la production, ou la
recherche, de signes, et de l’autre leur interprétation.
Pour infini d’imagination et de culture que soit cette dernière,
qui comme toute interprétation digne de ce nom ne connaît
pas de fin déclarée, la part de beauté, l’endroit
où toute volonté se trouve suspendue, cet instant de
grâce hasardeuse, vraiment cette trêve artistique est
réservée au signe. Lancer de pierre géomantique,
tirage de cartes, coulures de café, entrailles d’animaux,
tous ces signes ont en commun la perfection de leur apparition, comme
est parfaite la répartition des feuilles sur la branche et
des branches sur l’arbre. Ils sont tout aussi bien des productions
de la nature. Des « productions de la nature au travers de l’Homme
», pour parler avec Goethe et Webern.
Pour ma part je ne peux pas interpréter, je n’ai pas
les capacités de cela, et à vrai dire je ne tiens pas
à les acquérir. Je me concentre sur la production de
signes dont j’ignore la signification, mais dont je m’occupe
à surveiller la justesse. On peut reconnaître, si on
est un peu entraîné à ce genre de choses, la bonne
orthographe de mots d’une langue qu’on ignore.
Je tire ces photos exactement comme on tire un tarot, à cette
différence donc près que je ne fais rien du résultat,
mais je veux bien croire que c’est une différence mineure,
si l’on s’en tient à cette idée que tout
objet devenu utile s’est paré de vulgarité. «
Capter, capter d’abord, écrivait Breton, soumettre ensuite,
s’il y a lieu, au contrôle de notre raison . »
Et voilà comment cette série, préalablement intitulée
« Atlas » a trouvé son métier. D’
« Atlas » elle est devenue « Arcanes », sous-titrée
« tirages photographiques en vue d’une éventuelle
utilisation divinatoire ». Elle pouvait poursuivre son chemin.
Car j’avais compris que ce n’était pas de cartes
géographiques, aussi imaginaires fussent-elles, que tout cela
parlait, mais de ces pluies d’or qui apparaissent aux enfants
lorsqu’il appuient de leurs doigts sur leurs paupières.
Lisant des entretiens de Stockhausen, je tombai alors sur ceci de
très étonnant : « Si on ferme les yeux …
Oui, fermons-les …, mais pas d’image, juste le noir …,
je vois des taches … Il ne faut rien voir. Rien, rien du tout.
Et là je vois des millions de petites taches de poussières,
qui bougent … comme des nuages …, de la poussière
d’or. »
François Salès - mars 2003