Projet artistique

"Il y aurait là une collaboration mystérieuse de l'air, du mouvement des feuilles, et du parfum des fleurs avec la musique"
Claude Debussy

Faire du concert un moment poétique, inspirant et généreux : voilà le credo des musiciens du Piano Ambulant regroupés en 2001 autour de leur remorque-scène. Les représentations en tout lieu ont impliqué pour  la compagnie une réflexion approfondie sur les formes de concert. Ces représentations ne sont alors plus une simple exécution des partitions, mais une mise en scène de la musique par tous les moyens qui peuvent faire de l'univers du compositeur un imaginaire pour le spectateur : éclairages, mise en espace et mise en scène, lectures de textes... 
Pensés pour des lieux allant de la salle de concert à la place publique en passant par le théâtre, le cinéma, la salle de café, parcs et jardins, etc... les spectacles du Piano Ambulant marient musique et littérature, musique et ombres chinoises, musique et vidéo… 

Au sein de cette réflexion au fil des créations de spectacles, la transcription est une composante essentielle de notre travail, la manière la plus naturelle pour nous de descendre observer les entrailles d'une partition afin de pouvoir en proposer une lecture à la fois originale et fidèle. Adapter une oeuvre pour notre formation c'est en quelque sorte la regarder avec les yeux de ceux qui la découvraient au lendemain de son écriture, c'est s'émerveiller et se demander "ce qui est à raconter ici". 

Nos transcriptions sont réalisées lors de longues séances collectives de travail, durant lesquelles tout peut (et doit) être essayé et remis en question, afin que toutes les solutions (jusqu'aux plus invraisemblables) aient leur chance. Adoptant au fil des ans un instrumentarium qui le caractérise, Le Piano Ambulant s'est forgé sa sonorité particulière, s'appuyant volontiers sur le cocasse et l’insolite, usant de tout ce qui dans une paire de mains peut générer un son : jouets d’enfants, vieux ustensiles, instruments oubliés ou bas de gamme…  sans négliger : un violon, un piano, une flûte, un violoncelle et un hautbois.

L’étymologie du mot désir est peut-être ce qui dira le mieux ce que rêve d’être notre travail. On dit de celui qui « considère » les choses qu’il est « con-sidera » : avec les étoiles. Celui en revanche qui est dans le « de-siderata », dans le « désir », c’est celui qui est privé d’étoiles : comme un marin sous un ciel nuageux, il n’a plus de chemin assuré.Face à une partition il est deux attitudes : celle de considération, qui offre le regard d’analyse, historique et esthétique. Position indispensable qui pourtant jamais n’étouffe cette autre voie si puissante : celle du désir. La musique lève en nous ivresse et exaltation. C’est ce chemin-là et nul autre qui conduit la construction de nos spectacles, ce chemin de désir où il n’y a plus d’étoile pour se guider.

Et c’est ainsi que la musique nous conduit vers des rivages imprévus : poésie, vidéo, sculpture, photographie, improvisation, installation entrent dans la ronde intenable des partitions.

« La musique souvent me prend comme une mer »
Charles Baudelaire